Exposition « Grand Bizarre » – Le Gentil Garçon

 

10 mars – 10 avril 2005

 

Le nom de l’artiste tout comme son travail dépaysent la perception.

 

Un bibendum chaussé de néons à glace

Un château picnoleptique

Un chien en os

Des dessins anatomiques mixés Jules Verne

La réussite de jambes de cartes

Toujours des formes génériques de l’imaginaire enfantin qui permettent d’entrer naturellement dans l’univers léger du Gentil Garçon.
Mais si cette apparente familiarité n’était qu’une mystification poétique. Quelle proposition peut être aussi élégamment absurde qu’un chien en os sans squelette ?
Le Gentil Garçon s’intéresse aux mystères des savoirs.
Il interroge avec une pertinence gracieuse le merveilleux mécano de la compréhension humaine.
Il déambule avec humour dans le chaos de la cognition et de la représentation des connaissances.

Tout son travail tisse avec un art subtil des liens tangibles entre l’idée, la technique, la forme et son symbole.

 

M.G.V.

 

Conversation entre J.A. et le Gentil Garçon

 

JA- Devant ton travail, on ne sait plus trop si on se trouve dans un centre d’art, un musée des sciences ou bien chez Toys’r us.

LGG- En situant mes œuvres à la frontière entre plusieurs champs de compréhension, je cherche à “dépayser” la perception; si tu ne sais plus sur quel pied danser, laisses toi tomber, tu verras bien où t’emmène la chute.

JA- Mais ça fait mal aux fesses…

LGG- Pas si tu tombes sur la tête !

JA- À propos de tête, la première fois que j’ai vu 1000 h de réflexion, ce cerveau réalisé avec deux fils électriques tordus qui alimentent une ampoule, j’ai tout de suite pensé à la symbolique triviale de l’idée dans la BD. En y regardant de plus près, ta sculpture semblait étrangement équilibrée, et puis j’ai compris que ces circonvolutions chaotiques étaient en fait ordonnées par une symétrie quasi parfaite, l’œuvre se révélait plus complexe qu’elle en avait l’air…

LGG- Cette tension qui peut naître entre l’œuvre et sa facture, c’est ça qui m’intéresse, j’essaie de tisser des liens entre l’idée, la technique, la forme et son symbole. C’est pour ça que je tiens à la figuration, à produire des objets qui ont un impact visuel fort, qui font référence à un imaginaire collectif. J’utilise, ces formes génériques comme des pièges, elles permettent d’entrer facilement, presque naturellement, dans l’œuvre, mais ce parfum familier agit comme un leurre.

JA- Ce goût pour les techniques, les sciences, te place dans la tradition très renaissance de l’artiste érudit, c’est une position viable encore aujourd’hui ?

LGG- À l’époque, l’étendue du savoir était tellement réduite, qu’un peintre pouvait aussi être philosophe, anatomiste, ingénieur, astronome… Aujourd’hui les sciences sont devenues si pointues qu’il est impossible d’avoir une maîtrise transversale des connaissances. Et puis, on ne fonctionne plus sur les schémas de compréhension analogiques du réel qui permettaient des raccourcis faciles, du genre : le corps ne serait qu’une mécanique bien huilée et la noix doit soigner les maux de tête parce que son fruit ressemble à une cervelle.

JA- Mais quand tu réalises canidoïde, l’infini brouillon ou encore 1000 heures de réflexion, tu réduis bien le corps à une mécanique ?

LGG- Justement, mon goût pour les sciences s’arrête lorsqu’il ne laisse plus assez de place au mystère. Et puis, tu sais, en fait, on a découvert que la noix contenait effectivement une molécule qui soigne les maux de tête… Quand j’en sais trop, j’essaye d’oublier.

JA- Tu te fais passer pour un con, en somme.

LGG- Je capitalise mon ignorance. Par exemple, je me suis rendu compte que je ne sais pas nommer tous les os de mon corps, je ne connais même pas mon propre squelette, la chose la plus intime. C’est de ce constat qu’est né l’idée de l’homme de Mnémosyne, un reste de squelette humain présenté comme un vestige archéologique et qui ne comporte que les os dont je me rappelle les noms.

JA- Ton approche de la science à travers l’art est empirique, je t’imagine travailler comme j’imagine Calder construisant ses mobiles : c’est à force de se prendre de la taule sur le pied qu’il finit par comprendre comment trouver l’équilibre.

LGG- Euréka, le principe de réalité nous rattrape toujours d’une façon ou d’une autre.

JA- Ça sent le vécu…

LGG- On n’échappe pas aux contingences qui creusent le décalage entre l’œuvre réalisée et l’idée qu’on en avait, je crois qu’il ne faut pas aller contre ce principe de réalité, mais plutôt essayer d’en tirer profit, ça peut être l’occasion de penser son projet différemment, de trouver une solution toute simple. Tu n’est pas vraiment ce qu’on appelle un artiste dogmatique ? Le changement, la contradiction, l’erreur, tout ça est important. Bien souvent, quand je veux mettre en forme une idée, je mets en route un processus qui doit aboutir à la réalisation de l’œuvre mais sa forme définitive n’est pas préconçue dans son exactitude, j’ai l’impression que l’œuvre se construit malgré moi, comme une réaction en chaîne.

JA- Et ça peut t’exploser à la gueule…

LGG- Seulement si c’est réussi !